Courir (verbe)
Définition de l'Académie française (éd. 1986)
| Verbe |
( je cours, nous courons ; je courais, nous courions ; je courus ; je courrai ; je courrais ; cours, courons ; que je coure ; que je courusse ; courant ; couru ). XI e siècle, curre. Du latin currere. L'ancienne forme courre a été supplantée par
I. V. intr.
1. Se déplacer à vive allure par un mouvement alternatif des jambes ou des pattes. Les enfants s'amusaient à
2. S'empresser d'aller à un endroit déterminé ou d'entreprendre une action. Courir au feu. Je cours le prévenir. Courez, ne perdez pas un instant. Ce spectacle fait
3. . Faire route. Le navire courait au nord, courait au sud. Laisser le navire
4. Par anal. En parlant d'un liquide. S'écouler. Le ruisseau court à travers la prairie. Après Lyon, le Rhône court du nord au sud. En parlant du temps. Passer. Nos années semblent
5. Fig. Circuler, se répandre, se propager. Faire
6. Par ext. À propos de salaires, d'opérations financières. Être en cours, devoir être pris en compte. Ses gages, ses appointements courent du premier du mois. Son loyer court du mois de janvier. L'intérêt de cette rente court du commencement de l'année.
II. V. tr.
1. Chasser un animal, à l'aide de chiens, en le poursuivant à cheval. Courir le daim, le chevreuil. Il a le droit de
2. . Disputer une course.
Courir le Grand Prix de Paris, le Prix de Diane, le Derby d'Epsom. Faire
Courir le marathon, le cent dix mètres haies.
Courir le Tour de France. Courir une étape contre la montre.
Courir les vingt-quatre heures du Mans. Expr. fam. C'est couru d'avance, c'était couru, le résultat ne fait, ne faisait pas de doute.
3. Parcourir, sillonner. J'ai couru toute la ville sans le trouver. Courir le monde, voyager en divers pays par goût de l'aventure. Courir les champs,
4. Fréquenter assidûment ; rechercher avec insistance. Courir les musées, les expositions. Courir les maisons de jeu, les mauvais lieux. Courir les filles. Courir le guilledou, la prétentaine, le jupon, rechercher les aventures galantes.
5. Fig. Tenter, affronter, s'exposer à. Courir sa chance. Courir un danger. C'est un risque à
Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)
| Verbe |
("Je cours ; nous courons. Je courais. Je courus. Je courrai. Cours. Que je coure. Que je courusse. Courant. Couru.") Aller avec vitesse, avec impétuosité. "Courir de toute sa force. Courir sur quelqu'un. Courir après quelqu'un. Courir à toutes jambes. Ils couraient aussi vite l'un que l'autre. Ceux qui couraient dans les jeux Olympiques." On le dit, également et par extension, des Choses, quand elles sont susceptibles de mouvement. "Ces nuages courent dans le ciel. Faire
Il se dit absolument des Chevaux qui disputent le prix de la vitesse. "Ce cheval a couru aux dernières courses. Faire
Il se dit aussi des Épreuves de vitesse de cyclisme, d'automobilisme, de bateaux à rames, à voiles ou à moteurs.
Fig. et transitivement, "Courir une carrière," Être engagé dans une profession, une entreprise, etc., où l'on s'efforce d'obtenir des succès, de l'emporter sur ses rivaux. "Vous courez une périlleuse carrière. Hortensias et Cicéron couraient la même carrière."
Prov. et Fig., "Ce n'est pas le tout que de
Fig. et fam., "Je cours encore, Il court encore," signifie qu'on s'est échappé en toute hâte, qu'on ne se laissera plus prendre à une chose. "Il m'a suffi de le voir, de l'entendre : je cours encore."
"Courir sus à quelqu'un" se disait, dans les anciennes Ordonnances, pour Se jeter sur quelqu'un, l'arrêter, le maltraiter. "Il fut mis hors la loi, et chacun eut le droit de lui
Il signifie quelquefois Aller plus vite que le pas. "Vous allez trop vite, vous ne marchez pas, vous courez."
Il signifie aussi Aller avec empressement. "Courir au feu. Je cours le prévenir. Courez, ne perdez pas un instant. Courir au plus pressé," S'occuper, avant toute autre chose, de ce qui importe le plus dans le moment. Fig., "Courir après les honneurs, les places, les richesses, la fausse gloire, etc. Courir après des chimères, après des fantômes. Courir à sa perte, à sa ruine."
Fig., "Courir après l'esprit," Mettre de la recherche, de l'affectation, de l'effort à montrer de l'esprit.
Fam., "Courir après l'argent," Chercher toutes les occasions de gagner de l'argent. Il ne se dit qu'en mauvaise part.
Fam., "Courir après son argent," Continuer à jouer pour regagner ce qu'on a perdu. Il signifie aussi Faire des démarches, des poursuites pour recouvrer une somme d'argent qu'on a de la peine à se faire rendre, à se faire payer.
"Courir à sa fin" se dit des Choses qui sont près de finir, qui n'ont pas longtemps à durer. "Ma provision de bois court à sa fin. Cette maladie court à sa fin."
Il se dit aussi figurément de Toute action précipitée, de tout ce qu'on fait trop vite. "Il faut aller bride en main, on ne fait pas les affaires en courant."
Il se dit particulièrement d'une Personne qui lit, qui récite, qui prononce, qui écrit ou qui compose trop vite. "Lisez doucement, ne" "courez pas. Il a écrit cela en courant. Il laisse
Il signifie encore familièrement Aller çà et là, sans s'arrêter longtemps en chaque endroit. "Il ne fait que
Il se dit particulièrement des Courses, des démarches qu'on est obligé de faire pour quelque objet que ce soit. "Il a couru toute la journée pour cette affaire."
En termes de Marine, il signifie Faire route. "Courir au nord. Courir au sud." Transitivement, "Courir des bordées,
Il se dit particulièrement d'une Côte, d'une terre, d'une montagne, etc., qui se prolonge dans une direction déterminée. "Cette côte court de l'est à l'ouest l'espace de trois ou quatre lieues. Ces montagnes courent du nord au sud et partagent de grands continents."
Il s'emploie pour Couler, s'écouler. "Le ruisseau qui court dans la prairie. Le Rhône court du nord au sud. L'eau qui court."
Il se dit figurément du Temps. "Le temps court insensiblement. Au temps" ou "par le temps qui court," Dans le temps présent, dans les circonstances actuelles.
Il se dit à propos d'une Rente, des gages, des appointements, etc., pour désigner l'Époque à partir de laquelle ils doivent être comptés. "L'intérêt de cette rente court du commencement de l'année. Ses gages, ses appointements courent du milieu du mois. Son loyer court du mois de janvier."
Il signifie encore Circuler, se propager, se communiquer ; et, en ce sens, il est souvent impersonnel. "Il court des bruits fort désavantageux sur son compte. Faire
Il signifie aussi figurément Être en vogue. "La mode qui court. Cette chanson courait par la ville."
COURIR est aussi verbe transitif, alors il signifie Poursuivre à la course avec dessein d'attraper. Il s'emploie surtout en termes de Chasse. "Courir le cerf, le lièvre, le daim. Il a droit de
Fig. et fam., "Courir le même lièvre" se dit de Deux personnes qui sont en concurrence pour la même chose.
Prov. et fig., "Il ne faut pas
Fig. et fam., "Courir le cachet." Voyez
COURIR se dit figurément en parlant des Personnes ou des Choses qu'on recherche avec empressement, qui sont fort en vogue. On ne l'emploie guère qu'au participe passé. "Ce prédicateur est fort couru. Ce spectacle est très couru."
Il signifie aussi figurément Être exposé à. "Courir un danger. Courir risque,
"Courir des chances,
"Courir même fortune," Être dans les mêmes intérêts, dans la même situation d'affaires.
"Courir les aventures" se disait des Chevaliers qui allaient à la recherche des exploits guerriers. Il se dit aussi de Quelqu'un qui cherche à se faire un nom ou une fortune par des moyens qui ne sont pas les moyens ordinaires.
Il signifie encore Parcourir. "J'ai couru toute la ville sans le trouver. Courir les rues. Courir les champs."
"Courir le pays," Par
"Courir le monde," Voyager en divers pays par goût d'aventure.
Fam., "Cette nouvelle, cette aventure, cette" "histoire court les rues," Elle est sue de tout le monde. "L'esprit court les rues," L'esprit est commun, tout le monde en a.
Fam., "Courir la prétantaine." Voyez
Pop., "Courir le guilledou." Voyez
Il signifie également Hanter, fréquenter "Courir les buts. Courir les spectacles, les concerts, les maisons de jeu, les mauvais lieux, etc."
Dictionnaire d'Emile Littré
1 Aller avec une grande vitesse.
FÉN.: « Où courez-vous ainsi ? Calypso, plus furieuse qu'une lionne à qui on a enlevé ses petits, courait au travers de la forêt, sans suivre aucun chemin »
J. J. ROUSS.: « Les femmes ne sont pas faites pour
DELILLE: « Elle eût, des jeunes blés rasant les verts tapis, Sans plier leur sommet, couru sur les épis »
Terme de marine. Faire route. Courir au nord, au sud.
Courir signifie quelquefois s'échapper à la hâte.
LA FONT.: « .... Serviteur au portier, Dit-il, et de
Je cours encore, locution familière, qui s'emploie pour dire : je m'en allai en hâte, on ne m'y rattrapera plus.
LA FONT.: « Cela dit, maître loup s'enfuit et court encor »
SAINT-SIMON: « Les dames dirent qu'il ne fallait pas m'importuner ni faire des façons avec moi, et je cours encore »
Courir, pris substantivement.
PASC.: « Nier, croire et douter sont à l'homme ce que le
Courir sus à quelqu'un, en termes d'ordonnances, de déclarations, se jeter sur lui pour l'arrêter, pour le tuer. On ordonna de lui
On dit dans le même sens
BÉRANG.: « Nous promettons pour cette grâce De sauter pour les gens en place, De
Courir sur, faire la course comme corsaire.
RAYNAL: « En leur obtenant du Portugal des commissions pour
On dit dans le même sens
VOLT.: « Peuple, vengez mon père et courez à ce traître »
Courir s'emploie en une espèce de passif impersonnel, avec le pronom ce. On pourra dire à des enfants qui courent : c'est assez couru, c'est-à-dire ne courez plus.
Fig.
FLÉCH.: « C'est assez couru dans les voies de l'iniquité »
Ce n'est pas tout que de
LA FONT.: « Rien ne sert de
2 Jouter à la course. Ceux qui devaient
Courir se dit aussi des chevaux qui disputent le prix de la course. Faire
3 Fig.
CORN.: « Et dans cette entreprise il a bien su
CORN.: « Au tombeau comme au trône on me verra
CORN.: « Ces prisonniers même avec lui conjurés Sous cette illusion couraient à leur vengeance »
CORN.: « Celle qui vous pressait de
CORN.: « Qu'avec plaisir, Philippe, on court à le venger [un ennemi], Lorsqu'on s'y voit forcé par son propre danger »
CORN.: « De peur que l'ignorant [sa mort], ce peuple ne se flatte, N'attende encor ce prince et n'ait quelque raison De
MOL.: « Et je suis en suspens, si, pour me l'acquérir, Aux extrêmes moyens je ne dois point
SÉV.: « Les esprits courent à vous aimer »
BOILEAU: « Cette mer où tu cours est célèbre en naufrages »
CORN.: « Ce péril extrême où, pour me secourir, Je vois votre grand coeur aveuglément
CORN.: « Qui se venge à demi court lui-même à sa peine »
CORN.: « Mais il court à sa perte et vous traîne avec lui »
CORN.: « [Il] Tâche à rompre le cours des maux où vous courez »
CORN.: « Je veux bien vous guérir D'une erreur dangereuse où vous semblez
RAC.: « Ma fille qui s'approche et court à son trépas »
RAC.: « Misérable, tu cours à ta perte infaillible »
RAC.: « Jeune peuple, courez à ce maître adorable »
RAC.: « Roxane est offensée et court à la vengeance »
RAC.: « Il vous faudra, seigneur,
RAC.: « Mais parmi ces périls où je cours pour vous plaire »
LA FONT.: « Tu murmures, vieillard ! vois ces jeunes mourir, Vois-les marcher, vois-les
BARTHÉL.: « On vit alors les courtisans
Courir au plus pressé, faire d'abord ce qui est le plus urgent.
MASS.: « Ils ont couru au plus sûr, et ont compris que ce serait une folie de vouloir se sauver comme les autres se damnent »
Courir sur les brisées de quelqu'un, se mettre en rivalité avec lui.
Courir sur le marché de quelqu'un, enchérir sur lui, tâcher d'obtenir ce qu'un autre a demandé le premier.
Courir à l'hôpital, se ruiner rapidement par des dépenses excessives.
Courir à l'évêché, au bâton de maréchal, être en passe d'y parvenir.
4 Marcher vite sans précisément
LA FONT.: « Mais, quelques jours après, le dieu l'attrapa bien, Envoyant un songe lui dire Qu'un tel trésor était en tel lieu ; l'homme au voeu Courut au trésor comme au feu »
CORN.: « [Ils] courent parmi la ville Émouvoir les soldats et le peuple imbécile »
BOILEAU: « Que dit-il quand il voit, avec la mort en trousse, Courir chez un malade un assassin en housse ? »
RAC.: « Quand pour le recevoir chacun court sur la rive »
RAC.: « Pharnace entrait à peine Qu'il courut de ses feux entretenir la reine »
RAC.: « Bajazet vit encor ; vizir, courez à lui »
RAC.: « Chère Antigone, allez, courez à ce barbare »
RAC.: « Ma fille dans Argos courait pleurer sa honte »
RAC.: « Et que m'a fait à moi cette Troie où je cours ? »
RAC.: « De l'Inde à l'Hellespont ses esclaves coururent »
RAC.: « Achille va combattre et triomphe en courant »
Fig.
MOL.: « Eh bien ! ce stratagème ? - Ah ! comme vous courez ! Ma cervelle toujours marche à pas mesurés »
MOL.: « Ah ! de peur de tomber ne courons pas si fort »
Il n'y va pas, il y court comme à la noce, il y va avec ardeur, avec joie.
En termes d'escrime,
En courant, à la hâte, d'une manière superficielle, fugitive.
SÉV.: « Certaines choses que j'avais lues en courant »
BOSSUET: « Il ne les lit pas, ou il ne les lit qu'en courant »
5 Courir après quelqu'un ou quelque chose, aller à sa recherche.
BOSSUET: « Phraate fit
RAC.: « Il faut
CORN.: « Non, il ne courra plus après l'ombre du frère, S'il voit monter la soeur sur le trône du père »
Fig.
RAC.: « Mon coeur court après elle »
FLÉCH.: « En effet il courait après le mensonge, mais il était attiré par quelque lueur de vérité »
LA FONT.: « Qui ne court après la fortune ? »
MOL.: « Mon esprit ne court pas après si peu de chose »
MOL.: « Le mérite a pour moi des charmes si puissants, que je cours partout après lui »
HAMILT.: « Cet air de parure après lequel on court et qu'on n'attrape guère »
Courir après l'esprit, affecter d'en montrer sans trop y réussir.
Courir après son argent, continuer à jouer pour tâcher de regagner ce qu'on a perdu, et aussi aller relancer ses débiteurs.
J. J. ROUSS.: « Il a mieux aimé diminuer son fonds que d'avoir toujours à
En un autre sens,
6 Aller et venir çà et là. Il est toujours à
BOILEAU: « L'enragé qu'il était.... s'en alla follement.... Courir comme un bandit qui n'a ni feu ni lieu »
7 Faire des courses, des démarches. Il a couru toute la journée pour ses affaires.
DELAV.: « Quand on est candidat, on court plus qu'on ne pense »
Faire
J. J. ROUSS.: « L'attention qu'on a de ne pas faire
8 Terme de commerce. Courir franc, ne rien payer pour salaire d'une négociation.
9 Abonder, en parlant de vermine et de petits animaux nuisibles. Les souris courent dans cette maison. Les poux courent sur cette chemise.
10 Avoir un mouvement de progression, en parlant des choses. Sa plume courait sur le papier.
Laisser
VAUVENARGUES.: « Vous avez laissé
Terme de marine. Faire
11 Couler. Le sang court dans les veines.
CORN.: « Cette affreuse sueur qui court sur son visage »
CORN.: « Et nous faisons
12 Être répandu, passer de main en main.
MOL.: « Il court parmi le monde un livre abominable »
BOSSUET: « Outre les copies qui couraient parmi le peuple »
FLÉCH.: « J'ai longtemps hésité si je donnerais au public ces panégyriques, et je ne m'y suis enfin déterminé qu'après en avoir vu
MOL.: « Vous verrez
VOLT.: « Il y avait d'autres écrits de Picolomini qui couraient dans le monde »
D'ALEMBERT: « Lorsque la comédie du Glorieux fut donnée au théâtre, il courut, contre cette pièce et contre l'auteur, des couplets qui eurent alors toute la vogue passagère assurée aux satires Les billets de ce négociant courent sur la place, on cherche à s'en défaire. »
Faire
PASC.: « Ils firent
BOILEAU: « Vient-il de la province une satire fade, Pour la faire
Faire
On dit de même : Dans cette réunion, à ce repas, les propos joyeux, les chansons couraient à la ronde.
DELILLE: « Là courent à la ronde et les propos joyeux Et la vieille romance et les aimables jeux »
Faire
L'avis qui court, l'avis qui a le plus de voix dans une délibération qui n'est pas encore finie. Locution vieillie.
Courir se dit aussi des bruits qui circulent, des paroles qui se répandent. Il court de lui un bon mot.
CORN.: « Je sais que de ma mort il courut un faux bruit »
CORN.: « Puisque déjà le bruit jusqu'à vous a couru »
CORN.: « Et l'on fera
CORN.: « Ils ont de rang en rang fait
PASC.: « Ce malheureux proverbe qui court dans Paris »
HAMILT.: « Nous fîmes quelques couplets de ces Léridas qui ont tant couru »
LA FONT.: « Que dirait-on si le bruit en courait ? »
RAC.: « Mille bruits en courent à ma honte »
RAC.: « Déjà jusques au camp le bruit en a couru »
13 En parlant de maladies, sévir d'une façon épidémique. Les maladies qui courent. La scarlatine court dans ce canton, elle a enlevé beaucoup d'enfants. Il courait alors une fièvre dangereuse. Il a couru cette année des dyssenteries.
14 Être en voie de, être près d'arriver au terme. Ma provision de bois court à sa fin.
15 Se passer, en parlant du temps. L'année qui court. On lui a donné trois mois qui courent à partir de tel jour.
PATRU: « Les six mois ne courent qu'à partir du jour de la sommation »
MAYNARD: « Ils se repentiront de s'être fait la guerre, Mais avant cette paix il courra bien des mois »
SÉV.: « Pour moi je le [le temps] vois
SÉV.: « Malgré l'ennui et la fatigue les jours ne laissent pas de passer bien vite ; j'en ai passé de bien douloureux, sans compter les mauvaises nuits ; et cependant rien n'empêchait le temps de
A. CHEN.: « La Parque sur nos pas fait
J. J. ROUSS.: « Quand chaque année on est sûr de la suivante, qui peut troubler la paix de celle qui court ? »
Familièrement. Par le temps qui court, d'après ce qui se passe, dans les circonstances où nous sommes.
SÉV.: « Dans le temps qui court ce n'est pas un petit mérite »
16 Être compté, en parlant des intérêts, loyers, appointements. Ses intérêts, ses gages courent depuis un an.
17 S'étendre, se prolonger. Le chemin court entre des vignes au bord du lac. Cette côte court est-ouest, c'est-à-dire va droit d'orient en occident. Ces rochers courent sud-ouest, environ trois lieues.
RAYNAL: « L'Asie est soutenue, tant au nord qu'au midi, par deux grandes chaînes de montagnes qui courent presque depuis l'extrémité occidentale de l'Asie Mineure et des bords de la mer Noire, jusqu'à la mer qui baigne les côtes de la Chine et de la Tartarie à l'orient »
18 En termes de filature, on dit qu'un fil de laine, de soie, etc. court, quand il fournit beaucoup d'ouvrage.
19 V. a. Poursuivre à la course.
PASC.: « Ce n'est pas qu'on s'imagine que la vraie béatitude soit dans le lièvre qu'on court »
HAMILT.: « Monseigneur court le lièvre dans son parc »
MOL.: « Le duc m'a voulu mener
SÉV.: « Il courut un cerf au clair de la lune »
SÉV.: « Mme la Dauphine se met à
Fig. Ils courent le même lièvre, c'est-à-dire ils prétendent à la même chose.
Il ne faut pas
En parlant des personnes qu'on poursuit. Courir quelqu'un l'épée à la main.
CORN.: « Et les petits enfants, sitôt qu'on m'aperçoit, Me courent dans la rue.... »
SAINT-SIMON: « L'un d'eux [des secrétaires de Vendôme] le courut [Alberoni] plus de mille pas à coups de bâton à la vue de toute l'armée »
MOL.: « Mais d'aller attaquer de ces bêtes vilaines Qui n'ont aucun respect pour les faces humaines Et qui courent les gens qui les veulent
20 Fig. Rechercher avec empressement. Courir les honneurs. Cet ecclésiastique courait les bénéfices.
Il se dit des personnes. On le court, on le choie. Ce prédicateur est très couru.
MOL.: « Nous les verrions nous
SÉV.: « C'est assez qu'elle vous ait vue pour me la faire
LA BRUY.: « Se serait-il engagé à Césonie qui l'a tant couru ? »
LA BRUY.: « Ceux qui courent le favori du prince, comme ses viles créatures »
LA BRUY.: « L'on court les malheureux pour les envisager »
FONT.: « Ils courent partout celles [les femmes] dont ils espèrent se faire écouter »
VAUVENARGUES.: « Nous courons quelquefois les hommes qui nous ont imposé par leurs dehors »
DANCOURT: « C'est ce même chevalier que mademoiselle votre fille court aux Tuileries »
21 S'exercer dans une lice à différents jeux d'adresse. Courir la bague, la tête,
VOLT.: « Il fallait
RÉGNIER: « [Il] court le faquin, la bague, escrime des fleurets »
Courir un prix, en parlant des courses de chevaux, faire
22 Courir le cachet, se dit d'un professeur qui donne des leçons en ville.
23 Parcourir. J'ai couru toute la ville sans le trouver.
CORN.: « Je n'ai plus qu'à
CORN.: « Tout cassé que je suis, je cours toute la ville »
PASC.: « On court sans cesse les imprimeries »
MOL.: « Hors vous et moi, monsieur, je ne crois pas que personne s'avise de
BOILEAU: « Pour moi, sur cette mer qu'ici-bas nous courons, Je cherche à me pourvoir d'esquifs et d'avirons, à régler mes désirs, à prévenir l'orage, Et sauver, s'il se peut, ma raison du naufrage »
RAC.: « Je cours tout le sérail »
RAC.: « J'ai couru les deux mers que sépare Corinthe »
LA FONT.: « Cher compagnon, me veux-tu croire ? Courons ensemble le pays ; Tu sais médire, je sais boire : Nous ne manquerons point d'amis »
FONTEN.: « Il courut tous les environs de Montpellier à plus de dix lieues, et en rapporta des plantes inconnues aux gens même du pays »
Être fou à
Courir le monde, voyager en divers pays.
FONTEN.: « Les philosophes ne courent guère le monde, et ceux qui le courent ne sont ordinairement guère philosophes, et par là un voyage de philosophe est extrêmement précieux »
Fig.
BOILEAU: « Mais un roi, vraiment roi, qui, sage en ses projets, Sache en un calme heureux maintenir ses sujets, Il faut pour le trouver
24 Courir la poste, voyager en poste, aller fort vite ; et fig. se dépêcher outre mesure.
On dit dans le même sens
RAC.: « Il dit fort posément ce dont on n'a que faire, Et court le grand galop quand il est à son fait »
Courir en guide,
Anciennement,
25 Terme de guerre. Faire une incursion rapide. Courir le plat pays. Les ennemis laissèrent dans la place une garnison qui se mit à
26 Terme de marine. Courir des bordées, ou
Courir le bon bord, se dit des corsaires qui courent sur des bâtiments marchands ; et fig. et familièrement, fréquenter les mauvais lieux.
Courir la mer, y faire la course comme corsaire ou pirate.
RAYNAL: « Pour
27 Suivre une profession où l'on a des émules. Courir la carrière littéraire.
VOLT.: « Une fille guerrière De son guerrier chéri court la noble carrière »
28 Être en train d'accomplir une certaine année de son âge.
VOLT.: « J'ai l'honneur de
VOLT.: « Je cours actuellement ma soixante et dix-huitième année »
29 Courir les aventures, se disait des chevaliers qui allaient à la recherche des exploits guerriers.
LA FONT.: « Son frère, ayant couru mainte haute aventure, Mis maint cerf aux abois, maint sanglier abattu, Fut le premier César que la gent chienne ait eu »
Dans un sens général, avoir des aventures, quelles qu'elles soient.
LA FONT.: « Notre héroïne se mit à rêver à ses aventures, particulièrement à celles de cette nuit ; ce n'étaient pas véritablement les plus étranges qu'elle eût courues Par extension, être exposé à. Il a couru le risque de périr. Vous courez risque de vous ruiner. »
CORN.: « Quand je songe aux dangers que je lui fais
CORN.: « Il vous a préservé, sur le point de périr, Du danger le plus grand que vous puissiez
RAC.: « Et d'ailleurs quels périls peut vous faire
RAC.: « C'est là tout le danger que vous pouvez
Courir fortune, hasard, s'exposer à certaines éventualités. Il a couru hasard de se tuer.
SÉV.: « Ils sont trop habiles pour vouloir
Courir même fortune, être exposé aux mêmes risques et périls. L.
VERTOT: « Junius eût couru la même fortune si, pour échapper à la cruauté du tyran, il n'eût feint d'être hébété, et d'avoir perdu l'esprit »
VOLT.: « D'où vient qu'ayant voulu
Courir une belle fortune, être en passe d'arriver à quelque chose de grand.
30 Hanter, fréquenter. Courir les bals, les maisons de jeu, les théâtres, les salons.
BÉRANG.: « À
Courir les ruelles, aller de visite en visite chez les dames.
Courir le bal, aller au bal.
REGNARD: « De l'habit dont jadis elle courait le bal, Elle s'est mise en homme en cet accès fatal »
Familièrement. Courir la pretantaine, aller et venir sans objet bien déterminé. Cette femme court la pretantaine, c'est-à-dire ses allées et venues ne sont pas convenables, excitent les soupçons sur sa conduite.
Populairement. Courir le guilledou, fréquenter, principalement durant la nuit, des lieux suspects.
31 Être répandu, propagé. Cette aventure court les salons.
Courir les rues, être su de tout le monde, être commun, vulgaire. Cette nouvelle court les rues. L'esprit court les rues, il est très commun, tout le monde en a.
MARMONT.: « Honnête homme ! et qui ne l'est pas ? C'est un mérite qui court les rues »
MASS.: « Vous trouvez que toute leur capacité et leur étude sur la religion se réduit à certains discours de libertinage qui courent les rues, s'il est permis de parler ainsi »
32 Terme de marine. Courir les coutures, presser les étoupes qui en ont besoin.
REMARQUE
1. S'en
RÉGN.: « Il s'en court en disant : à Dieu me recommande »
RÉGN.: « Mon esprit agité Douteux s'en court de l'une à l'autre extrémité »
LA FONT.: « À la fin le pauvre homme S'en courut chez celui qu'il ne réveillait plus »
LA FONT.: « L'associé des frais et du plaisir S'en court en haut »
LA FONT.: « Ce discours fut à peine proféré Que l'écoutant s'en court... Des grammairiens ont condamné cette locution comme fautive c'est à tort ; elle est aussi correcte que s'en aller ou s'enfuir. Tout ce qu'on peut dire, c'est qu'elle est archaïque et tombée en désuétude. »
2. On trouve dans quelques auteurs
SÉV.: « Je suis courue ici »
RAC.: « J'y suis courue en vain, ç'en était déjà fait »
RAC.: « J'y suis couru Les grammairiens condamnent cet emploi, disant que
3. L'usage trouve cours-je ? trop dur, ou du moins (car courge a le même son et n'est pas rejeté) nous ne sommes pas habitués à renverser ainsi les verbes monosyllabiques ; on tourne la phrase en : est-ce que je cours ?
HISTORIQUE
XIème siècle
St-Alexis, CIII: Si s'en commourent tote la gent de Rome ; Plus tost i vint ki plus tost i peut curre
Ch. de Rol. LXIX: [Il] Plus curt à pied que ne fait un cheval
ib. LXXXVIII: Puis sont montez sur leur curanz destriers
ib. XCI: Son cheval [il] broche, laisse curre à esforz
ib. CLIII: Rolant [il] regarde, puis si lui est curut
XIIème siècle
Ronc. p. 52: Li destrier [il] broche, il cort par tel randon....
ib.: Puis [il] laisse corre tout une randonnée
ib. p. 96: Rolant le vit, sel [si le] corut à aider
ib. p. 122: Par toute Espaigne là où corent mes lois
ib. p. 145: Tres qu'es chevols lui est li brans [l'épée] coru
Sax. X: Saisne lui corrent sus par vertu et par ire
ib. XV: L'aigue lui cort du cuer parmi les oilz à rais
Th. le mart. 36: Jo n'ai pas trait m'espée, ne jo ne li cur sure
ib. 107: Quant l'arcevesque veit que tuit li curent sure
XIIIème siècle
AUDEFR. LE BAST.: « Les larmes de son cuer corrent de tel ravine, Que ses mantaus en mouille et ses bliaus d'ermine »
VILLEH.: « Einsi coururent par mer tant qu'ils vindrent à Cademalée, en un tres pas [cap] qui sied seur mer »
Berte, III: Chascuns i est couru la merveille esgarder
ib. XLVI: [Une ourse] Qui vers lui s'en venoit courant gueule baée
ib. LVII: Courant [elle] vint à sa mere, n'i fit pas long delai
ib. CXXXVII: Sachiez, ce jour [il] i ot maint grant destrier couru
Ren. 26940: Bruiant et Bernart et Beaucent As armes corent maintenant
ib. 20668: Que trop par est ma pance plaine ; Au core [à
la Rose, 7594: Ausinc cuer qui d'amer ne cesse, Ne queurt pas tous jors d'une lesse
ib. 5399: Qui cercheroit jusqu'en Cartage, Et d'Orient en Occident.... Et corust tous jors sans paresce, Tant cum porroit, grant aleüre
ib. 5201: Lor nature est que doivent corre Por la gent aidier et secorre
ib. 5093: Ne jà n'aura [le marchand] assés acquis, Se crient [s'il craint] perdre l'avoir acquis, Et queurt après le remanant Dont jà ne se verra tenant
ib. 115: Onques mès n'avoie veüe Cele iave [eau] qui si bien coroit
Liv. de just. 70: Encor apartient au baillif que char soit vendue à droit pris, et les autres viandes, et que droites mesures corgent
Ch. d'Ant. VIII, 471: Toutes crient ensemble : Ce soit à Dieu plaisir ! Aus osteus sont corutes por les bordons saisir
BEAUMANOIR: « Et s'el lait l'an et le jor passer, toz li tans sera courus contre li »
BEAUMANOIR: « Autre matiere noz quort sus, si noz soufrerons à tant [nous arrêterons ici] »
BEAUMANOIR: « Il sanlleroit qu'il peust plus laissier du quint de son heritage, se li torfès et les detes ne sont si grant que tout y quore [y passe, y soit employé] »
BEAUMANOIR: « Une coustume quort entre les procureurs en la cort de crestienté, laquele ne quort pas en cort laie »
JOINV.: « Quant ce fu fait, il le mistrent en la fosse avec son seigneur et avec le cheval tout vif, et puis lancerent sus la fosse planches bien chevillées, et tout l'ost courut a pierres et à terre »
JOINV.: « Et pour ce la renommée couru en estranges terres, dont maint marcheant lessierent à venir en l'ost [renoncèrent à venir] »
J. DE MEUNG: « Mort, vielz et jeunes, nous queurt seure ; Mort nous prent, nous ne gardons l'eure »
XIVème siècle
ORESME: « En la maniere que aucuns servans vistes et hastis qui s'en cuerent executer avant que il aient oÿ tout le commandement »
ORESME: « Si comme un cheval quant il queurt bien ou porte bien, il est bon »
XVème siècle
FROISS.: « Le comte de Flandre dit : Je m'esmerveille de ces Anglois qui me queurent sus et prennent mon pays.... »
FROISS.: « Et fut la cité de Vennes toute courue et robée [après la prise d'assaut] »
FROISS.: « Si comme renommée keurt »
FROISS.: « Et passerent là une riviere qui y queurt, qui se fiert en l'Escaut, et vient d'amont devers Arleux.... »
CH. D'ORL.: « En priant Dieu, digne pucelle, Qu'il vous doint longue et bonne vie, Qui vous ayme, ma damoiselle, Jà ne coure sur lui envie »
E. DESCH.: « C'est qu'entre tous court voix et renommée De pis avoir pour le pueple et l'eglise »
A. CHART.: « Male bouche tient bien grand court ; Chascun à mesdire estudie ; Faulx amoureux au temps qui court Servent tous de goliardie »
COMM.: « Il envoya à Callais trois ou quatre cens hommes qui coururent tout le pays de Boullenoys »
COMM.: « Et la riviere couroit entre nous et eux »
LOUIS XI: « Je vous enjoins que vous gardez de jamais
XVIème siècle
MAROT: « Plustost le Rosne en contre-mont courra »
MAROT: « Lors que la peur aux talons met des ailes, L'homme ne sçait où s'enfuir, ne courre »
MONT.: « Ce livre court pieça ez mains des gents d'entendement »
MONT.: « Ils se coururent sus, l'espée au poing »
MONT.: « Tout ce qui est soubs le ciel court une loy et fortune pareille »
AMYOT: « Ceulx qui ont abbregé leurs jours à
AMYOT: « Theseus, voulant
AMYOT: « Quand ilz furent depuis parvenus en aage d'hommes, ilz coururent sus à Tarchetius, et le desfeirent »
AMYOT: « Il trouva la riviere si enflée et courant si roide, qu'il ne s'oza approcher du fil de l'eau »
AMYOT: « Aussi tost qu'ilz apperceurent le signe, ils s'en coururent çà et là enlever les filles des Sabins »
AMYOT: « Hieron envoya à la feste des jeux olympiques, des chevaux pour
AMYOT: « Ici fait son dernier sejour Euchidas qui d'icy courut jusqu'en Delphes, et racourut de là icy en un seul jour »
AMYOT: « Il soublagea un peu les debteurs, en retranchant partie des usures qui couroient sur eulx »
D'AUB.: « Dès le printemps de l'année que nous courons »
LEROUX DE LINCY: « Humer et souffler,
ÉTYMOLOGIE
Bourg. cori ; Berry, courre ; picard, keurir ; provenç. et esp. correr ; ital. correre ; du latin currere. L'ancienne conjugaison est courre, corre, reproduisant l'accent latin cúrrere ; c'est de là que vient le futur, je courr-ai ; s'il venait de
SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE COURIR. Ajoutez :
33 Se
1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française
| Verbe |
("Je cours, tu cours, il court; nous courons, vous courez, ils courent. Je courais. Je courus. J'ai couru. Je courrai. Je courrais. Cours. Que je coure. Que je courusse. Courant.") Aller avec vitesse, avec impétuosité. "Courir légèrement. Courir de toute sa force. Ce cheval court comme un cerf. Cet homme court comme un Basque. Courir sur quelqu'un. Courir après quelqu'un pour s'emparer de lui, pour lui parler, etc. Il est parti, courez après. Courir à toute bride, à bride abattue, à toutes jambes. Ils baissèrent la lance, et coururent l'un contre l'autre. Il court mieux que vous. Ils couraient aussi vite l'un que l'autre. Ceux qui devaient
Activ., "Courir la poste," Aller en poste, voyager par la poste. On dit de même, "Courir trois postes, quatre postes sur le même cheval."
Fig. et fam., "Courir la poste," Faire une chose avec beaucoup de précipitation. "Ce n'est pas une chose qui se fasse en courant la poste."
Activ. et fig., "Courir une carrière," Être engagé dans une profession, une entreprise, etc., où l'on s'efforce d'obtenir des succès, de l'emporter sur ses rivaux. "Vous courez une périlleuse carrière, une carrière épineuse. Hortensius et Cicéron couraient la même carrière."
Prov. et fig., "Ce n'est pas le tout que de
Fig. et fam., "Courir sur le marché de quelqu'un," Enchérir sur les offres d'un acheteur. "Je voulais acheter cela, pourquoi venez-vous
Fig. et fam., "Courir sur les brisées de quelqu'un," Courir sur son marché, entrer en concurrence, en rivalité avec lui.
En termes d'Ordonnances, de Déclarations, etc., "Courir sus à quelqu'un," Se jeter sur quelqu'un pour l'arrêter, le maltraiter, le tuer. "Tout le monde lui court sus. Les paysans se sont soulevés et ont couru sus aux troupes. Il fut mis hors la loi, et chacun eut le droit de lui
2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
signifie quelquefois, Aller plus vite que le pas. "Vous allez trop vite, vous ne marchez pas, vous courez."
Il signifie aussi, Aller avec empressement. "Courir au feu. Courir au médecin. Courir au remède. Je cours le prévenir. Va, cours, ne perds pas un instant."
Fig. et fam., "Courir à l'hôpital," Se ruiner par de grandes dépenses.
Prov., "Il n'y va pas, il y court, il y court comme à la noce," Il y va avec ardeur, avec joie.
"Courir aux armes," Prendre les armes en hâte pour quelque alarme, ou pour quelque occasion pressante.
"Courir au plus pressé," S'occuper de ce qui importe le plus dans le moment.
3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
se dit souvent au figuré dans les divers sens qui précèdent. "Courir après les honneurs, les places, les richesses, la fausse gloire, etc. Courir après des chimères, après des fantômes. Courir à sa perte, à sa ruine."
"Courir après l'esprit," Mettre de la recherche, de l'affectation, de l'effort à montrer qu'on a de l'esprit.
Fam., "Courir à l'argent, après l'argent," Chercher avec empressement les occasions de gagner de l'argent. Il ne se dit qu'en mauvaise part.
Fam., "Courir après son argent," Continuer à jouer pour regagner ce qu'on a perdu. Il signifie aussi, Faire des démarches, des poursuites pour recouvrer une somme d'argent qu'on a de la peine à se faire rendre, à se faire payer.
"Courir à l'évêché, au bâton de maréchal de France, au chapeau de cardinal, etc.," Être en passe de parvenir bientôt à l'évêché, etc.
"Courir à sa fin," se dit Des choses qui sont près de finir, qui n'ont pas longtemps à durer. "Ma provision de bois court à sa fin. Cette maladie court à sa fin."
4ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
se dit aussi figurément De toute action précipitée, de tout ce qu'on fait trop vite. "Il faut aller bride en main, on ne fait pas les affaires en courant."
Il se dit particulièrement D'une personne qui lit, qui récite, qui prononce ou qui écrit trop vite. "Lisez doucement, ne courez pas. Il a écrit cela en courant. Il ne faut pas dire son bréviaire en courant."
5ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
signifie encore, familièrement, Aller çà et là, sans s'arrêter longtemps en chaque endroit. "Il ne fait que
Il se dit particulièrement Des courses, des démarches qu'on est obligé de faire pour quelque objet que ce soit. "Il a couru toute la journée pour cette affaire. Je n'ai pas fini de
6ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
en termes de Marine, Faire route. "Courir au nord. Courir au sud."
Activ., "Courir des bordées,
Fig., "Courir le bon bord," signifiait autrefois, Pirater; et, dans le discours familier, Fréquenter les mauvais lieux.
7ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
se dit aussi D'une chose qui se prolonge le long d'une autre, et particulièrement Des côtes, des terres, des montagnes, etc., qui s'étendent dans une certaine direction. "Cette côte court de l'est à l'ouest l'espace de trois ou quatre lieues. Ces montagnes courent du nord au sud, et partagent de grands continents."
8ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
signifie en outre, Couler. Il se dit Des ruisseaux et des rivières, ainsi que Des choses liquides, comme le sang, le vin, l'huile, etc. "Le ruisseau qui court dans la prairie. L'eau qui court. Le sang court dans les veines."
Il se dit figurément Du temps. "Le temps court insensiblement. Le terme qui court. L'année qui court. Il court sa vingtième année."
"Au temps" ou "par le temps qui court," Dans le temps présent, dans les circonstances actuelles.
9ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
se dit souvent, dans le sens qui précède, en parlant D'un certain temps au bout duquel se doit payer ou effectuer quelque chose. "On lui a donné trois mois, qui courent à partir de telle époque. Je n'ai que quinze jours, vous m'amusez par vos artifices, cependant le temps court."
Il se dit aussi, dans un sens analogue, Des intérêts de l'argent constitué ou dû, de gages, d'appointements, etc. "La rente court de tel jour. L'intérêt de cette somme court, court toujours. Les arrérages courent. Les intérêts ont commencé à
10ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
signifie encore, Circuler, se propager, se communiquer; et, en ce sens, il est souvent employé comme impersonnel. "Faire
Il signifie aussi, figurément, Être en vogue. "La mode qui court. Cette chanson courait par la ville."
À table, "Faire
"Faire
"L'avis qui court," L'avis qui a le plus de voix dans une délibération non terminée.
"Faire
"Les billets de ce négociant, de ce banquier, etc., courent sur la place," On cherche à s'en défaire.
11ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française
est aussi verbe actif: alors il signifie, Poursuivre à la course avec dessein d'attraper. "Courir quelqu'un pour le prendre, le
Prov. et fig., "Courir le même lièvre," se dit De deux personnes qui sont en concurrence pour la même chose.
Prov. et fig., "Il ne faut pas
"Courir un bénéfice," Envoyer un courrier à celui qui a la nomination du bénéfice, pour être le premier à le demander.
Fig. et fam., "Courir un bénéfice, une charge, etc.," Les poursuivre, les solliciter avec ardeur.
Fig. et fam., "Courir le cachet," se dit D'un maître qui donne des leçons en ville.
Au Jeu de bague, "Courir la bague," Tâcher d'emporter, avec la lance, la bague suspendue au bout de la carrière. On dit, en des sens analogues: "Courir la quintaine. Courir le faquin. Courir les têtes. Courir les taureaux."
12ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
actif, se dit figurément en parlant Des personnes ou des choses qu'on recherche avec empréssement, qui sont fort en vogue. "On le court, on le choie. Ce prédicateur est fort couru. Ce livre est rare et curieux, il est fort couru. Il n'y a pas assez de telle marchandise, tant elle est courue."
Il signifie aussi, figurément, Être exposé à. "Courir de grands risques. Vous courez quelque risque. Vous courez risque. Courir des chances. Les périls que nous avons courus. Vous ne courez aucun danger."
"Courir fortune,
"Courir même fortune," Être dans les mêmes intérêts, dans la même situation d'affaires. "Courir une belle fortune," Être en passe de parvenir à quelque chose de grand.
13ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
actif, signifie encore, Parcourir. "J'ai couru toute la ville sans le trouver. Courir les rues. Courir les champs." Quelquefois, il signifie plus spécialement, Par
"Courir le pays,
Prov., "Être fou à
Fam., "Cette nouvelle, cette aventure, cette histoire court les rues," Elle est sue de tout le monde. "L'esprit court les rues," L'esprit est commun, tout le monde en a.
Fam., "Courir la pretantaine," Aller, venir,
Pop., "Courir le guilledou," Aller souvent, et principalement pendant la nuit, dans des lieux suspects. "Il ne fait que
14ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
actif, signifie également, Hanter, fréquenter. "Courir les bals, le bal. Courir les spectacles, les concerts, les maisons de jeu, les mauvais lieux, etc."
Fig. et fam., "Courir les ruelles," Aller de visite en visite chez les dames. Cette phrase a vieilli, et ne s'emploie que par dénigrement.
Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)
| Verbe |
["Kou-ri", 1re br. Devant l'"e" muet, ils "coûrent", suivant "d'Olivet", elle est douteûse; suivant la règle générale, elle doit être longue.] Je "cours", tu "cours", il "court", nous "courons", ils "coûrent". Je "courais", j'ai "couru", je "courus", je "courrai", "courrais", "cours", que je "coûre", je "courusse". "Courant", "couru".
- Il a en certaines phrâses un aûtre infinitif, qui est "courre". Voy. ce mot.
- On disait autrefois, je "courerai", je "courerais", et par conséquent, j'"acourerai", je "concourerais". 'Il ne sert de rien de remédier aux faûtes, tandis qu'elles "coureront" par toute la terre. "Bossuet". 'Nous "courerions" le risque de prononcer sur la foi d'un de ces ouvrages médiocres "Du Bos."
- D'aûtres disent, je "courirai", je "courirais", qui est encôre plus mauvais. Il faut dire, je "courrai", "accourrai", "concourrai;" je "courrais", "accourrais", "concourrais". = "D'Olivet" a repris "Racine" d'avoir dit, "j'y suis couru", pour, "j' y ai couru". Ce qu'il y a de plus étonant, c'est que l'Auteur, deux vers auparavant, avait employé l'auxil. "avoir".
..."J'ai couru" chez la Reine;
Dans son apartement ce Prince avait paru.
Il en étoit sorti, lorsque "j' y suis couru".
Mde. de Sévigné a dit aussi: Mr... "est couru" ici.
COURIR est, 1°. Aler de vitesse, et avec impétuosité. "Acad." Se mouvoir promptement, aler en quelque lieu le plus vite qu'on peut. "Trév." Se rendre vite en un lieu: aller en hâte en quelque lieu, à quelque chôse. "Rich. Port." La première définition est la meilleûre. '"Courir" de toute sa force. Cet homme "court" comme un Basque: "Courir à" toute bride, à bride abatûe, à toutes jambes.
- 2°. Aler plus vite que le pas. "Courir au" feu, "au" Médecin, "au" remède.
- Figurément, "
- 3°. "Courir après", poursuivre: il "courait après" moi; il "court" depuis long-temps "après" une charge.
- "Courir après" les honeurs.
4°. "Courir", quoique "neutre" de sa nature, est employé comme "actif" dans plusieurs phrâses. "Courir la" même carrière, avoir les mêmes prétentions.
- "Courir", ou "courre la poste".
- "Courir" quelqu'un pour le prendre; "le
- "Courir des bordées" (Marine). Aler alternativement à droite, à gauche.
- "Courir un" Bénéfice, "une" charge, les poursuivre. "Courir même fortune"; être dans les mêmes intérêts, dans la même situation d'afaires.
- "Courir une belle fortune", être en pâsse de parvenir à quelque chôse de grand.
- "Courir fortune", ou "risque" ou "hasard de"... 'Il "court fortune de" perdre son bien. 'Il "court risque de" la vie, ou "de mourir": 'J'ai "couru hasard de me tuer".
- "Courir le" plat pays, "
- "Courir le" pays, "
Rarement, à "
Devient-on plus homme de bien.
En ce sens, on l'emploie aussi "neutralement" et sans régime: il "a" bien "couru", il a beaucoup voyagé.
- "Courir le bal", aler d'un bal à l'aûtre.
- "Courir les ruelles", aler de visite en visite chez les Dames.
- "Courir la prétentaine", aler ça et là, de côté et d'aûtre.
- Étre fou "à
- "Courir le guilledou", aler en débauche.
- Une nouvelle "court les rûes", quand elle est sûe de tout le monde.
- "Courir sa" 20e, "sa" 30e "année".
- "Courir", rechercher. 'Se seroit-il enfin engagé à Cesonie, qui l' "a" tant "couru", qui lui a sacrifié une grande foule d'amans. "La Bruye." 'Les uns vont au devant du plaisir et le manquent: d'aûtres en jouissent sans l'"avoir couru".
5°. "Courir", couler, s'écouler: L'eau qui "court"; le sang agité "court" dans les veines. = "Figurément", le temps "court", l'année qui "court". Les termes, les intérêts, les gages, les délais "courent" depuis un tel jour.
6°. Être en vogue. La mode qui "court;" chanson qui "court" par la Ville. L'avis "qui court", qui a le plus de voix dans une délibération qui n'est pas achevée.
- "Au temps qui court", au temps présent.
- Avec le pron. "il", comme verbe "impersonel": "il court" un nouveau bruit; "il court" un bruit que... "Il court bien des" maladies, "des" fièvres malignes, "des" petites véroles, etc.
7°. "Faire
- "Faire
- "Faire
8°. "Courir sus". Vieille expression, qui ne s'emploie plus dans le sérieux, qu'en style d'Ordonances. Elle peut pourtant encôre trouver sa place dans le style badin. Voy. SUS. L'"Acad." la met sans remarque, et done ces exemples. 'Tout le monde "lui court sus": Les Paysans se sont soulevés et "ont couru sus" aux Troupes: Il y a un Arrêt qui enjoint aux Communes de "
9°. "Courir" entre encôre dans plusieurs expressions du style familier. Il "court à l'Hôpital", il se ruine.
- "On y court comme au feu", en foule.
- "Courir après son argent", continuer à jouer pour regâgner ce qu'on a perdu.
- "Courir après son éteuf", après un bien, un avantage qu'on a laissé perdre.
- "Courir sur le marché de" quelqu'un, enchérir sur lui, vouloir emporter ce qu'il marchande. On le dit aussi au figuré. "Courir sur les brisées" a le même sens, et il est plus noble.
"Rem." Rollin fait régir à "courir" l'infinitif sans prép. 'Ils "coururent" la "tirer" du danger où elle étoit. Ce régime est bon, et je crois qu'on peut l'employer sans dificulté.
COURU, ÛE, adj. et partic. Cerf, lièvre "ou" daim "couru". Voleur "couru par" les Archers. Pays "couru par" les énemis. = "Recherché"; suivi; à la mode. C'est un homme fort "couru": ce Prédicateur est fort "couru": cette étofe est fort "courûe", etc.
Emplacement dans le dictionnaire :
| couresse couret courette coureur coureurs coureuse courge | courgée courgette courir les têtes courlan ou courliri courlière couroir | couronnade couronné couronne couronner couronnure courpate courre |
Quelques citations relatives :
Citation n°1 de Pierre LOTI (Le Mariage de Loti : Rarahu)...; je désirais dire adieu à une foule d'amis indigènes ; je voulais voir tout et tout le monde, je ne pouvais prendre mon parti de tout quitter... et l'heure passait, et nous ne savions plus auquel courir... ceux-là seuls qui ont dû abandonner pour toujours des lieux et des êtres chéris peuvent comprendre cette agitation du départ, et cette tristesse inquiète, qui oppresse comme une souffrance...
Citation n°2 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)
...les graminées légères, avec leurs fleurs de poussière grise, étendaient sur la terre une couche très haute, à peine palpable, où on enfonçait ; et les dernières phalènes, qui avaient fini de courir, plongeaient les unes après les autres dans ces épaisseurs d'herbes, pour prendre leur poste de sommeil le long des tiges. Et l'obscurité venait, lente et calme, avec un air de mystère. ... passa un...
Citation n°3 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)
...et lourdes glissaient les unes sur les autres, très vite : toute une voûte de plomb en mouvement ; des choses immenses, obscures, qui se déformaient, qui semblaient très pressées de passer, de courir ailleurs, comme prises du vertige de quelque chute prochaine et formidable. Autour de nous, des milliers d'écueils, des têtes noires qui se dressaient partout au milieu de cet autre remuement argenté...
Citation n°4 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)
...dire. Il y a encore de beaux jours dans la vie, de belles heures de jeunesse et d'oubli. Au diable toutes les rêveries mélancoliques, tous les songes maladifs des tristes poètes ! Il fait bon courir, la poitrine au vent, en compagnie des plus joyeux d'entre les enfants du peuple. La santé et la jeunesse, c'est tout ce qu'il y a de vrai sur terre, avec la gaieté simple et brutale, et les chants...
Citation n°5 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)
...Pour les matelots, les jours continuaient à se ressembler beaucoup. Chaque matin, c'était d'abord un délire de propreté qui les prenait dès le branle-bas. à peine réveillés, on les voyait sauter, courir pour commencer au plus vite le grand lavage. Tout nus, avec un bonnet à pompon, ou bien habillés d'un tricot de combat (qui est une petite pièce tricotée pour le cou, à peu près comme une bavette de...
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